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ALAISE - ALESIA  (hypothèse)

        Il y a près de deux siècles, les partisans de deux camps s'opposaient pour s'approprier le site d'Alésia: Alise Ste Reine (Côte d'Or) et Alaise (Doubs). La controverse allait bon train ! 
       
Depuis quelques décennies, le champ de bataille s'est singulièrement élargi avec de nouveaux valeureux combattants.

        Alaise, premier village de Franche-Comté qui réveilla en France le culte des souvenirs de la Gaule, sera le seul objet de ce résumé qu'en fait Louis Courlet. 

        Au 18ème siècle déjà, on signalait l'existence de camps dans le voisinage d'Alaise.    A partir de 1830, on confirmait les déclarations du siècle précédent.

        Depuis de nombreuses années, Alphonse Delacroix consultait les archives, étudiait les commentaires de César et autres récits, parcourait les lieux.

        Et, le dix novembre 1855 lors d'une séance à la Société d'Emulation du Doubs, après  un long exposé, il annonçait : "Qu'il était en mesure de rectifier l'erreur géographique accrédit dans le XVI ème siècle sur un des points les plus saillants de notre histoire..." «II  existe une localité qui, jusqu'au XIIIème siècle, a conservé intact son nom d'Alésia et règne encore au milieu des vestiges du plus vaste champ de carnage qui soit connu. C'est là, c'est à Alaise que nous plaçons le siège mémorable qui a terminé la lutte de Vercingétorix; c'est là que nous voyons le dénouement de la guerre de Séquanie… »

        Cette proclamation inattendue fit sensation, l'histoire d'une étrange situation. Elle  devint même une affaire d'Etat. Par cet acte solennel, Alaise devenait : "Le lieu où se réveillait en France, le culte du souvenir de la Gaule". 

        Défendue par de nombreux érudits, l'opinion de Delacroix, eut un grand retentissement. Soutenue par l'archéologue Auguste Castan, les savants Jules Quicherat et Ernest Desjardins et un grand nombre d'érudits : historiens, archéologues, académiciens, militaires… elle reçut un grand assentiment.

        A partir de cette date, Napoléon III, le duc d'Aumale fils du roi Louis-Philippe, le colonel Stoffel aide de camp de l'empereur, Prosper Mérimée et combien de  savants, de chercheurs, parcoururent le site ou tentèrent de résoudre l'énigme que cachait ce massif Alaise-Saraz. 

        A cette époque on qualifiait le massif de lieu de refuge, d'un lieu de carnage.

        Malgré le dogme officiel imposé par Napoléon III, Félicien de Saulcy président de la Commission de la Topographie des Gaules écrivait :  « Ce qui est aujourd'hui hors de doute, c'est qu'Alaise a été un immense oppidum gaulois… »

        En 1866, on comptait plus de soixante historiens et écrivains engagés dans ce retentissant débat. Et ce n'était que le début d'une polémique acharnée.

        Puis, en 1885, un hommage était même rendu à celui qui avait revendiqué pour le plateau d'Alaise, l'honneur d'avoir été la place forte d'Alésia, le boulevard suprême de l'indépendance des Gaules. Le buste d'Alphonse  Delacroix était inauguré à Alaise. Une image qui repose toujours au village, au centre d'une région pittoresque, un monument riche en leçons et souvenirs.

        A la fin du 19ème siècle, Georges Colomb, un des pères de la B.D. à qui on doit aussi de nombreux ouvrages scientifiques, suivait de loin toutes ces controverses. Il doutait même des théories avancées sur cet emplacement d'Alesia.
        E
n 1898, Alaise reçut sa visite. Effectuant par la suite des déplacements sur le site, il écrivait sur son premier cahier personnel de recherches : « … Je faisais voyages sur voyages à mes frais… La vue devait me retourner… Ils ont retrouvé à Alaise les traces d'incidents marquants d'un blocus gigantesque… » 
       
Soutenu par d'innombrables savants, historiens, militaires, jusqu'à sa mort en 1945 il se consacra pleinement à Alaise. Il publia même de nombreux livres sur cette thèse en question.

        Georges Colomb eut aussi son buste sur une place de Myon. Un village proche d'Alaise qui lui était très cher.

         En 1936, Xavier Guichard, après une étude sérieuse de vingt ans et dans un magistral ouvrage, faisait d'Alaise, un des centres spirituels, une métropole religieuse du druidisme (voir chapitre Alaise centre Géo).  

        Après la coupure de 1939-1945, Léon Delamarche et Jules Jobard, poursuivirent l'œuvre engagée. Jobard consacra toute son énergie à faire revivre cette page d'histoire à Alaise. En 1951, toute la presse française parlait de ce petit village. A partir de cette date et durant deux décennies, beaucoup de chercheurs s'enthousiasmèrent à nouveau pour Alaise. Enthousiasme qui n'a guère faibli de nos jours !

     

   Dans les années 1980, Louis Courlet alors maire d'Alaise, qui observait depuis plusieurs années tous ces débats, se pencha sur l'historique de cette polémique qui durait depuis près de deux siècles.

Que de questions se posaient :
Quelles populations vécurent là ?
A quel moment de la série des siècles ?
Quel évènement les implantèrent ?
Quel cataclysme les dispersèrent ?
Le mystère n'était pas élucidé !

         Cependant, au regard de l'histoire d'Alesia, le massif d'Alaise ne faisait pas mauvaise figure ?  il avait sa place parmi les prétendants !

        Non ! On ne pouvait lui effacer d'un trait sa richesse : son nom, ses deux rivières,  sa montagne au nord, sa plaine des 3000 pas, son massif élevé, son isolement aussi. Oui ! peut-on imaginer se mettre à l'abri à proximité d'axes importants ?  Sa superficie 1500 ha. Puis, l'oppidum de Monniot n'est-il pas un modèle de citadelle ?  L' alimentation en eau ? 45 sources répertoriées au 19ème siècle et ses lieux-dits des anciens cadastres "Napoléonien" !  César n'en a pas dit plus !   

        Et puis, contrairement aux détracteurs, dont certains n'ont probablement  jamais posé les pieds sur ce sol, Alaise n'aurait pas été soutenu par tant de savants, d'historiens, etc. !

          Au vu de toute cette analyse, n'érigeant aucune thèse, n'attaquant personne, Louis Courlet se consacra à résumer tous les travaux d'érudits comme ceux d'amateurs tenaces. Il  rassembla le maximum de documents et d'études des anciens explorateurs du site. Il fit la somme des recherches entreprises sur ce massif Alaise-Saraz. Il feuilleta les archives nationales, départementales, communales, où les écrits du 19ème siècle se confirmèrent : Alaise portait au 16ème siècle encore sous sa forme latine, le nom d'Alesia ou Alezia.

         Mais vite s'est ébranlée la naïveté avec laquelle il parcourait les récits et les ouvrages relatifs aux deux camps. A la lecture d'une multitude d'archives officielles et personnelles il fut surpris par la fragilité de la traduction, le jugement subjectif de certains, avec quel mépris on considérait les opinions émises, avec quel sentiment on se "poussait"  pour ne pas s'écarter de la thèse officielle afin de soigner son image.

        Pour Louis Courlet, une nouvelle flopée de questions se posait : Sous quelle forme les commentaires de César étaient-ils rédigés ?  De quelle manière les copies ont-elles été traduites au cours des siècles ?  Ne dispose t-on, que de manuscrits parvenus jusqu'à nous victimes des interprétations ?  Puis à ses yeux, un point important  jaillit : a t-on analysé sérieusement tout ce qui a trait à la logistique : vivres, ravitaillement, superficie, quantité d'eau nécessaire à une telle masse d'hommes et d'animaux ?

        A la lumière de toutes ces constatations, de toutes ces contradictions, bien que son coeur battait à Alaise, il en conclut que quel que soit le lieu proposé ou retenu pour être le centre de cette sévère défaite d'Alesia, un doute subsistera. Une conviction n'est pas une certitude, une preuve irréfutable. Alesia restera toujours une énigme dans l'énigme !. 

        Dès lors, pour la postérité et le rôle qu'un jour Alaise aurait à jouer dans l'histoire, il s'attacha principalement à la sauvegarde du site. Opiniâtre, amoureux de sa cité, il devint le "gardien du Temple". Car pour lui, plus de doute,  cette terre où les lieux-dits conservent les traces du gaulois disparu et où les traditions perpétuent encore le souvenir celtique, était sacrée.
       
A la lecture des rapports de fouilles des 19 et 20 èmes siècles; vu les objets trouvées  et  conservées dans les musées et ceux dont les récits, les écrits mêmes, relatent comme ayant fait l'objet de scandaleux commerces; il y avait un mystère à éclaircir. Alaise devait avoir une page dans l'histoire !                                                                

        Alors, en 1989, il publia un mémoire (réédité en 2000) : "La Cité Mystérieuse".

        Un ouvrage qui résume les recherches effectuées, cite les riches trouvailles, relate les polémiques parfois agressives et les hypothèses émises durant ces deux siècles.
        
Louis Courlet apporte  aussi la preuve qu'un imposant peuple Celte régnait sur cette contrée. On y découvre en effet qu'une importante nécropole celtique, allant du petit tertre funéraire aux tombes princières à char, existait sur ce massif Alaise-Saraz et sur le proche plateau d'Amancey. Une richesse locale à présent reconnue comme un patrimoine archéologique particulièrement remarquable. Sur ce livre, il rend également un brillant hommage à Alphonse Delacroix et à tout ceux qui ont oeuvré sur ce sol chargé d'histoire.

        "La Cité Mystérieuse", un répertoire historique au dire d'éminents spécialistes, susceptible d'intéresser le lecteur profane comme le chercheur passionné. On peut se procurer le livre chez l'auteur : 2 rue Alphonse Delacroix  25330  ALAISE    ( 0381866247).

                                                        " La poussière du chemin toujours laissera,

                                                          la trace des pas de celui qui l'a foula".

                                                                                                        

 

 

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